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| Christophe | Une question - urgent |
| 14/01/2010 09:44 |
Bonjour. Je travaille sur la traduction de "La femme du boulanger" en polonais. Je trouve dans ce texte le nom d'un poisson: une caprille. Appartient-il au patois provencal? Y a-t-il un equivalent de ce nom dans le francais standard? Peut-etre des lecteurs de Marcel Pagnol connaissent-ils l'equivalent latin de "caprille"? Merci beaucoup! [Effacer] |
| Lizbec | RE: Une question - urgent |
| 14/01/2010 15:52 |
Le terme "Caprille" "Cabriho") désigne dans "Le Trésor du Félibrige" de Mistral, une "petite chèvre", ce qui est en accord avec l'étymologie... Il faudrait en déduire que la "caprille" en question serait un poisson qui présenterait une vague ressemblance avec un caprin ?... Mais je pense qu'il s'agit plus simplement d'une "coquille", pieusement reproduite au fil des diverses éditions, peut-être même transmise de Giono à Pagnol, et qui n'a pas éveillé la curiosité des lecteurs avant vous. A mon avis, il s'agirait donc très probablement d'une "Carpille", cad d'une "petite carpe d'un an", qui est un "carpillon" vieilli...et qui vit bien dans les marais...de Bistagne, en l'occurrence. Bon courage pour la traduction !!! BPL [Effacer] |
| Allauch13 | RE: Une question - urgent |
| 14/01/2010 17:04 |
Dans quel chapitre se trouve ce mot? [Effacer] |
| Lizbec | RE: Une question - urgent |
| 14/01/2010 17:36 |
C'est la scène "Dans la salle à manger", dans la dernière partie du texte... Le récit de "Maillefer" qui annonce au boulanger qu'il a vu sa femme, nue sur une île des marais... [Effacer] |
| Christophe | RE: Une question - urgent |
| 15/01/2010 10:27 |
Merci beaucoup pour ce renseignement. En fait, Pagnol reprend la "caprille" de Giono. Voici l'extrait du recit de Maillefer selon Giono: "Il vida son carnier sur la table. Il y avait de l'herbe d'eau et puis quatorze gros poissons. Il les compta, il les vira dessus-dessous; il les regarda. Il chercha dans l'herbe. Il fouilla son carnier. Il tira à la fin un fouillé sur le dos. --Une caprille, dit-il. Tu me la mettras sur le gril et, ne la vide pas, c'est une grive d'eau. Il se tourna vers tout le monde. --Alors? dit-il. --Alors, à toi, dit César. Il raconta qu'étant planté dans le marais, à sa coutume, et juste comme il guettait cette caprille -un poisson rare, et ça fait des pertuis à travers les oseraies pour aller dans des biefs perdus, et ça saute sur l'herbe comme des sauterelles, et ça s'en va sur les chemins comme des hommes pour changer d'eau - bref, juste comme il guettait cette caprille, il avait entendu, comme dans l'air, une pincée de petits bruits follets. --Des canards? je me dis. Non, pas des canards. Des râles. Non, pas des râles. Des poissons-chiens?... --Elle chantait? dit le boulanger. --Patience, dit Maillefer, tu es bien pressé! Oui, il avait entendu une chanson. A la longue, on pouvait dire que c'était une chanson. C'était le grand silence partout dans le marécage. Il ne pouvait y avoir dans les marais rien de vivant à cette heure que les poissons, le vent d'été et les petits frémissements de l'eau. Aurélie chantait. Maillefer pêcha la caprille par un coup spécial du poignet: lancer, tourner, tirer. Il fit deux, trois fois le mouvement sous le pauvre oeil du boulanger." Il s'agit donc, peut-etre, d'une invention poetique de Giono, qui cree le mot de caprille pour designer "un poisson rare" qui est en meme temps une... grive d'eau. [Effacer] |
| Lizbec | RE: Une question - urgent |
| 15/01/2010 18:06 |
Vraiment très curieux ! Y a-t-il d'autres exemples de telles "inventions" chez Giono ? Où s'agirait-il d'un exemple de "parler populaire", avec de fréquentes déformations des mots dont l'orthographe exacte est inconnue du locuteur ? PS " La Grive d?eau. Edwards appelle tringa tacheté, l?oiseau que d?après M. Brisson nous nommons ici grive d?eau ; il a effectivement le plumage grivelé et la taille de la petite grive, et il a les pieds faits comme le merle d?eau, c?est-à-dire, les ongles assez grands et crochus, et celui de derrière plus que ceux de devant ; mais son bec est conformé comme celui du cincle, des maubèches et des autres petits oiseaux de rivage, et de plus le bas de la jambe est nu ; ainsi cet oiseau n?est point une grive ni même une espèce voisine de leur genre, puisqu?il n?en tient qu?une ressemblance de plumage, et que le reste des traits de sa conformation, l?apparente aux familles des oiseaux d?eau. Au reste, cette espèce paroît être étrangère et n?a que peu de rapports avec nos oiseaux d?Europe ; elle se trouve en Pensylvanie..." Aucunement un poisson ! BPL [Effacer] |
| Lizbec | RE: Une question - urgent |
| 15/01/2010 18:43 |
D'autant plus intrigant que Pagnol était, lui, réputé pour la précision de sa documentation : flore, faune, etc... Il n'aurait donc pas vérifié les sources de Giono ? Mais sur un autre plan, est-ce que l'évocation de cet animal hybride ne serait pas ici une belle métaphore de la femme infidèle ...qui nage dans les marais, et court sur les chemins ?... BPL [Effacer] |
| Christophe | RE: Une question - urgent |
| 15/01/2010 18:59 |
C'est possible. Le boulanger, dans la scene finale, dit a Aurelie que les lapines ne doivent pas courir apres le lion pour la seule raison que un lion est plus grand qu'un lapin. Je na crois pas qu'il puisse y etre question d'un manque d'attention de la part de Pagnol. Je na connais pas les ecrits de Giono pour repondre a votre question. [Effacer] |
| cigalon1 | RE: Une question - urgent |
| 16/01/2010 15:18 |
Cher Christophe. Aprés vérification dans letexte de Giono (nouvelle) et dans les nom - breuses éditions que je posséde des oeuvres de M. Pagnol ,l'on retrouve le méme terme "caprille". A la réflection ,cela me semble une coquille typographique . (invertion de lettres). Dans le Larousse : 3 définitions Carpe : poisson de la famille des cyprinidés. Carpeau : jeune carpe Carpillon : trés jeune carpe Quand à Marcel Pagnol ,dans son film du méme nom , il a contourné la difficulté en changeant de poisson ,puisque Maillefer parle d'une " tanche " . Quand à la piéce de Giono ,tirée de sa nouvelle ,c'est une toute autre oeuvre ,avec peut de rapport de sa nouvelle. Voila ce que je peut vous dire sur le sujet ,mais comme je suis curieux sur qu'elle traduction travailler vous ? Moi qui collectionne les oeuvres de Pagnol dans toutes les langues, je serais trés intéressé par une oeuvre en polonais . En vous souhaitant bon courage ; Bien cordialement. Cigalon [Effacer] |
| Lizbec | RE: Une question - urgent |
| 16/01/2010 18:35 |
Merci Cigalon... Le remplacement par Pagnol, dans le film, de la "caprille" par une "tanche" confirmerait bien mon idée sur sa recherche de précision des termes employés concernant la flore et la faune...au prix de la perte des harmoniques du mot initial ... J'ai relu dans "Jean le Bleu" le récit de Giono, dans "La Pléïade". Le texte est même d'une très grande crudité obscène, et la comparaison des corps de la femme et des poissons femelles y est flagrante ("le poisson-femme"). A noter que si le "poisson-chien" appelle une note, la "caprille" n'a pas retenu l'attention des commentateurs. L'invention de ce "mot-valise" par Giono confirme bien, à mon avis, son intention d'évoquer l'"animalité" de la femme/femelle : poisson oiseau,sauterelle,chevrette ...chatte... Cette "clé" symbolique pourrait-elle être utilisée dans les traductions ?... BPL [Effacer] |
| Lizbec | RE: Une question - urgent |
| 17/01/2010 12:30 |
Un dernier mot sur ce petit échange, à mon avis, passionnant, car il nous apporte un éclairage très concret sur les difficultés connues des relations Pagnol/Giono, et sur les difficultés de toute "adaptation", en l'occurrence pour un public élargi. En effet, la volonté de Pagnol (la nécessité) d'édulcorer le texte de Giono (une trahison pour ce dernier),au prix de son violent réalisme et de sa brutalité initiale très dérangeants, est flagrante dans ce simple exemple. Et se retrouverait même concrètement dans cette transformation finale très symbolique de cette mystérieuse "caprille", rare et si vive, en une simple "tanche", poisson banal, et un peu passif... BPL [Effacer] |
| Christophe | RE: Une question - urgent |
| 18/01/2010 12:38 |
Merci pour tout ce que vous avez ecrit. Apres avoir beaucoup reflechi, je ne crois pas qu'il s'agisse d'une coquille. Dans ce cas, Pagnol aurait-il remplace la caprille par une tanche? Cela pose evidement un probleme pour la traduction. Cigalon, la version polonaise de "La femme du boulanger", accompagnee de la nouvelle de Pagnol "Le boulanger Amable", sera publiee probablement dans quelques mois par la maison d'edition polonaise nommee "Esprit": http://www.esprit.com.pl [Effacer] |
| nicolas | RE: Une question - urgent |
| 18/01/2010 14:37 |
Bonjour, Qu'est-ce donc que cette nouvelle "Le boulanger Amable"? S'agit-il de la préface de "La Femme du Boulanger" de Marcel Pagnol? Amicalement. Nicolas [Effacer] |
| Christophe | RE: Une question - urgent |
| 18/01/2010 15:26 |
Tout a fait, c'est la Preface. [Effacer] |
| Lizbec | RE: Une question - urgent |
| 18/01/2010 16:50 |
A propos de traduction des "mots- valises", je pense à l'exemple du traducteur de Lewis Caroll, qui en l'occurence, a choisi le "facilité" : "The hunting of the snark" devenant simplement "La chasse au snark"... On perd là toute la subtilité de l'auteur dans l'invention du "snark", hybride de "snake" (serpent), et "shark"(requin)...que les anglophones entendent facilement... Alors, notre "caprille" ?... BPL [Effacer] |
| Christophe | RE: Une question - urgent |
| 19/01/2010 19:00 |
Je pense que, pour la traduction, il faut chercher (creer) un mot a la base de la petite carpe, mais qui comporte en meme temps une signification supplementaire qui le differencie de la carpe. Un autre probleme a resoudre est que la carpe en polonais est un substantif masculin. Il faut pourtant trouver une appellation feminine. [Effacer] |
| Lizbec | RE: Une question - urgent |
| 20/01/2010 10:07 |
Personnellement, j'entends surtout dans ce contexte le mélange de la chevrette/caprin/cabri, et de l'anguille...qui associe bien la chèvre du berger (indépendante et toujours menacée par le loup), à l'anguille du pêcheur (elle glisse entre les mains... Image de la liberté féminine incontrôlable, explicite dans le texte) BPL [Effacer] |
| nicolas | RE: Une question - urgent |
| 20/01/2010 10:37 |
Bonjour, Si Marcel a remplacé Caprille par tanche dans son film, autant utiliser tanche. Je ne pense pas que ce changement de mot nuise à la compréhension de l'oeuvre ni à la construction dramatique. Amicalement. [Effacer] |
| allauch13 | RE: Une question - urgent |
| 15/02/2010 18:54 |
Ama demande de renseignements le Président des Amis de Giono me répond que la caprille est une expression locale bad-alpine.Giono le décrit comme un tout petit poisson bleu de fer à mufle jaune et tout rouillé sur le dos.Ce n'est que le début d'une explication,mais le Président me promets d'investiguer.Attendons! [Effacer] |
| Lizbec | RE: Une question - urgent |
| 16/02/2010 14:44 |
Merci cher Jean-Baptiste d'aller, comme toujours, chercher à la source même ! On a hâte d'avoir la solution de cette énigme linguistico-littéraire ! BPL [Effacer] |
| nicolas | RE: Une question - urgent |
| 16/02/2010 15:22 |
Bonjour, Ma petite expérience de pêcheur me porterait à croire qu'il s'agit d'un gardon ou d'une brême. [Effacer] |
| Lavandin | RE: Une question - urgent |
| 16/02/2010 16:14 |
J'ai trouvé ceci en patois provençal: CARPE: escarpo TRUITE: troucho GARDON:barbèu VAIRON: veiroun ABLETTE:ravanenco PERCHE DE RIVIERE: mèro Je n'ai pas trouvé l'équivalent de la BRÊME... Lavandin [Effacer] |
| LAVANDIN | RE: Une question - urgent |
| 16/02/2010 16:22 |
Feuille : Jeune carpe d?un été autrement appelée carpille ou C1 [Effacer] |
| Lizbec | RE: Une question - urgent |
| 20/02/2010 12:27 |
A voir un autre néologisme de Giono quelques lignes plus loin : "Un plonge de saurisson", construit sur "saurir", "saurisserie" : étendre les harengs sur des claies pour les sécher : "harengs saurs". Image du corps nu d'Aurélie étendue au soleil. Et ici: http://www.jstor.org/pss/383413 (Re)lisez Jean le Bleu...La comparaison avec les Souvenirs est spectaculaire ! BPL [Effacer] |